Ces
années 1880 voient sortir de terre les murs de ce qui sera la
cathédrale, élevée sur l'emplacement de l’église
centenaire de Saint-Nicolas. Cette nouvelle cathédrale, voulue
par le Prince Charles III, et rendue nécessaire par le développement
de la Principauté, le « Journal de Monaco »
de cette époque nous en fait revivre les péripéties.
C'est en 1873 que fut entreprise la démolition de l’ancienne
église paroissiale ; voici un extrait du « Journal
de Monaco » du 15 avril 1873. II nous a paru intéressant
de le transcrire dans son intégralité, afin de mieux comprendre
les sentiments qui étaient ceux des personnes qui assistaient
à cette démolition :
Depuis quelques années, la Principauté présente
le spectacle d'une grande transformation et ses hôtes d'il y a
15 ou 20 ans, que le beau et bienfaisant climat de notre côte
ramène aujourd'hui à Monaco, reconnaissent à peine
la petite cité, autrefois isolée sur son rocher. C'est
toujours cette position pittoresque à laquelle rien ne peut se
comparer, cette mer splendide qu'on ne se lasse point d'admirer, cette
luxuriante végétation qui surprend et étonne, ce
tableau exquis peint par la main de Dieu, et en présence duquel
on s'écrie toujours : quel charmant pays ! Mais la vieille capitale
des Grimaldi a trouvé qu’il n'était pas bon d'être
seule ; elle s'est donnée des sœurs et en face et tout autour
d'elle, à la Condamine, à Monte-Carlo, aux Moulins, surgissent
d'autres villes qui lui font une couronne de jeunesse.
Monaco lui-même, tout en conservant avec respect le caractère
sévère que les siècles lui ont imprimé,
s'est orné des grâces modernes ; ses rues, ses maisons,
ses places publiques, ses promenades se sont embellies. Des monuments
se sont ajoutés à ceux que le temps avait conservés,
monuments qui tous témoignent de la sollicitude de Charles III
pour l'éducation de la jeunesse et pour le soulagement de la
souffrance et du malheur.
Au milieu de ce renouvellement d'un pays et d'une ville, un seul monument
semblait voué à l'abandon ; les étrangers en faisaient
la remarque et disaient avec regret : tout est beau à Monaco,
excepté l'église. Ils ignoraient que depuis longtemps
notre vieille cathédrale est l'objet de l'intérêt
tout particulier du Prince, et qu’en travaillant au bien-être
de ses sujets il se préoccupe avant tout de l'honneur de Dieu.
Assurément l'église de Saint-Nicolas n'est point un chef-d'œuvre
; irrégulière, enfouie dans le sol, d'une nudité
navrante, elle n'a pour elle que son antiquité, et ce sentiment
qui s'attache à l'âge et qui fait partie du culte des ancêtres.
Toutefois, des hommes de l'art ont été chargés
de la visiter, de l'étudier dans toutes ses parties, afin d'arriver
à la restauration du vieux temple où tant de générations
sont venues prier. Mais, même au prix des plus grandes dépenses,
cette restauration a été déclarée impossible
; il suffirait d'y toucher pour que tout le monument s'écroulât.
En face de cette condamnation sans appel, le Prince, s'inspirant de
son goût pour les grandes choses et de son dévouement aux
intérêts religieux, a pris une décision, qui sera
un des plus beaux titres de gloire : l'église paroissiale disparaîtra,
et sur son emplacement, agrandi des terrains environnants, s’élèvera
un monument qui bravera les siècles, une cathédrale véritable,
sans rivale de Marseille à Gènes, le plus bel ornement
religieux de la côte méditerranéenne. Admis à
voir les plans du futur édifice, nous n'hésitons pas à
dire qu'à cette vue nous avons ressenti une impression de fierté
pour Ie pays et pour son souverain.
Certes, le nom de Charles III est déjà richement paré
pour la postérité ; la Principauté lui doit une
existence nouvelle et Monaco peut légitimement l'appeler son
second fondateur ; mais la cathédrale, dont on posera prochainement
les fondements et qui illustrerait à elle seule tout un règne,
sera le glorieux couronnement de celui de Charles III.
Le style adopté pour cette importante construction est l'architecture
romane des IXème et Xème siècles ; celle-ci domine
en effet dans les monuments religieux du Midi ; elle est grave, imposante,
tout à fait en harmonie avec le site de Monaco, son rocher, ses
murs d'enceinte et l'amphithéâtre sévère
de ses montagnes Sa façade principale, assise sur une haute esplanade,
tournera vers la mer son large fronton percé de trois grandes
portes à plein-cintre, et surmonté d'une tour se terminant
par une flèche aérienne. L'intérieur se composera
d'une nef centrale décorée d'un élégant
triforium, de deux nefs latérales bordées de chapelles,
d'un vaste transept, et d'un chœur avec sept chapelles rayonnantes.
L'édifice sacré sera d'un effet grandiose et fera l’achèvement
de la ville en lui donnant la physionomie religieuse qui lui manque
jusqu’à ce jour.
Le nom de l'architecte, est à lui seul une garantie de succès.
M. Lenormand, de Paris, formé à l'école des maîtres
de la science a produit des œuvres nombreuses parmi lesquelles
nous ne citerons que Notre-Dame de Nice. Qui n’a pas remarqué
l'église de l’avenue de la Gare, si pure dans son style
gothique du XIIIème siècle, cette création due
au pieux dévouement et à l'activité infatigable
du Père Lavigne. L'artiste justement fier de ce monument, promet
de se surpasser encore et de faire de la cathédrale de Monaco
son chef d'œuvre. Nous faisons des vœux pour qu'en réussissant,
il réponde à la confiance du souverain et à l'attente
des populations religieuses de la Principauté.
Cf. Eglise de Monaco, janvier et mars 1982 ;
Cf. aussi la cathédrale de Monaco, plaquette parue aux
Editions du Signe en 1997.
|